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Le pèlerinage a toujours occupé une place importante dans la vie des chrétiens et des croyants en général.
«Tout au long de l'histoire, les chrétiens se mettaient en route pour célébrer leur foi dans les endroits qui gardent le souvenir du Seigneur ou ceux qui représentent les instants importants de l'histoire de l'Église. Ils ont visité les lieux où la Mère de Dieu est vénérée ou ceux qui rappellent les exemples vivants des saints. Leur pèlerinage représente une démarche de conversion, une expression de leur désir de I’intimité de Dieu, une prière confiante concernant leurs besoins matériels. Par de multiples aspects, le pèlerinage a toujours été pour l'Église un merveilleux don de Dieu. »
Les pèlerinages sont actuellement une forme de dévotion très recherchée. La société contemporaine est fortement marquée par des mouvements intenses. L'homme aspire aux déplacements : les voyages apportent le repos, entraînent de nouvelles rencontres, permettent de connaître de nouveaux pays et de nouvelles personnes, et conduisent à l'enrichissement de la personne. Grâce aux moyens de transport modernes, les croyants peuvent facilement partir loin de leur pays : vers la Terre Sainte, vers les sanctuaires Mariaux comme Lourdes, Fatima, Czestochowa, ou ailleurs dans le monde ou dans leur propre pays. Au sujet du pèlerinage, la pastorale doit donc disposer de fondements théologiques clairs qui le justifient et qui développent une pratique solide et permanente dans le contexte de la pastorale en général. L'évangélisation, l'approfondissement de la foi et de la vie spirituelle figurent, en effet, parmi les premiers objectifs en vue desquels l'Église propose et encourage les pèlerinages. Elle veut fermement relier les pèlerinages à la réalité de la pénitence et de la conversion : «Le pèlerinage symbolise l'expérience de l'homme voyageur (homo viator) qui, à peine sorti du sein maternel commence le voyage de sa vie dans le temps et dans l'espace. »
Le pèlerinage est une occasion et une motivation offerte au fidèle en vue de la croissance spirituelle, de l'approfondissement de sa vie de foi, de l’orientation de son cheminement vers Dieu.
Le pèlerinage est une pratique très populaire chez les fidèles, car :

 1. Il engage toutes les facultés humaines (audiovisuelles, motrices, émotionnelles).
 2. Il souligne et approfondit les liens humains, éléments importants des émotions religieuses.
 3. Il souligne la valeur et prolonge le souvenir religieux lié à ce lieu.
 4. Il affermit les liens internationaux, sociaux, culturels et de civilisation qui dépassent les limites de la nation, et même de la race.

L’histoire du peuple élu relatée dans l’Ancien Testament est en réalité un pèlerinage grandiose sur les chemins de la foi : la sortie d’Egypte, le passage de la Mer Rouge, la traversée du désert, les tentations et le péché, l’entrée dans la Terre Promise, l’exil en Babylonie et le retour dans l’ancienne patrie. Les Israélites avaient coutume de monter trois fois par an vers la Ville Sainte de Jérusalem : pour les grandes fêtes de Pessah, de Shavouoth et de Sukkoth.

Le pèlerinage se différencie du tourisme, considéré comme une échappée de la vie quotidienne vers quelque chose d’inhabituel, de peu ordinaire, d’amusant. Il constitue un voyage riche en symbolique vers un but précis. Le pèlerin est en route vers le sanctuaire considéré comme «la maison du Seigneur », vers la maison du Seigneur qui, dans le langage mythique, se trouve dans les Cieux. La symbolique est donc l’élément spécifique qui distingue le pèlerinage du tourisme. Un symbole contient deux vérités : une au niveau de la réalité, une autre au niveau allégorique. Trois morceaux de tissu – rouge, blanc et bleu – sont des objets ordinaires, possédant une signification et un usage qui leur sont propres. Cousus ensemble, ils deviennent le drapeau bleu-blanc-rouge, symbole d’un état, d’un peuple. Le pèlerinage est un acte symbolique : un voyage symbolique vers Dieu. « Dieu, c’est toi mon Dieu, je te cherche, mon âme a soif de toi, vers toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau. Oui, au sanctuaire je t’ai contemplé, voyant ta puissance et ta gloire. » Pour les croyants, la vie est un voyage, un pèlerinage. Ils mènent une vie fermement ancrée dans la réalité, à savoir dans l’histoire, qui est en même temps un voyage, un pèlerinage vers le Salut.

Le Concile a été comme une ascension spirituelle. Les Pères du Concile saluaient les penseurs comme « des pèlerins en chemin vers la lumière ». Cet aspect symbolique de l’Eglise-pèlerine a été manifesté par les pèlerinages de deux Papes-pèlerins : Jean XXIII à Lorette au début du Concile (1962)  et Paul VI en Terre Sainte à la fin du Concile (1964). Ont suivi les nombreux pèlerinages du Pape Paul VI et du Pape Jean-Paul II. Le pèlerinage de Paul VI en Terre Sainte, par lequel il a voulu célébrer les mystères fondamentaux de la foi, l’incarnation et la Rédemption, a inspiré une nouvelle vague de pèlerinage en Terre Sainte de tous les confins de la terre. Les voyages du Pape Jean-Paul II ont donné un élan exceptionnel aux pèlerinages et à la pratique de la prière, de la conversion. Ils ont renouvelé notre conscience d’être le peuple pèlerin de Dieu.
Dans ses Constitutions, le Concile Vatican II présente l'Église comme «voyageuse» et souligne à plusieurs reprises la nature pèlerine de l'Église : elle a son fondement dans la mission du Christ, envoyé par le Père. Nous venons de Lui, vivons par Lui, sommes orientés vers Lui, et l'Esprit dirige notre voyage à la suite du Christ. Le Concile définit la vie chrétienne comme un pèlerinage dans la foi.
L'Église est, par sa nature, missionnaire. Le commandement du Christ ressuscité : «Allez donc, de toutes les nations faites des disciples !» (Mt 28,19) souligne précisément le verbe « aller », moyen incontournable d'évangélisation offert au monde.

Pour le chrétien, « le pèlerinage est une célébration de sa foi... qui doit être faite en accord avec la tradition et le sentiment religieux, et en tant que réalisation de son existence pascale ». Cette expérience est Vécue de manière particulière dans la célébration eucharistique du mystère pascal, la réception de la sainte communion, la lecture et la méditation de l'évangile. Dans ce but, il faut développer l'activité pastorale dans les sanctuaires où le pèlerin pourra faire l'expérience d'«une rencontre silencieuse et recueillie avec Dieu et avec lui-même», surtout dans la sainte confession où ses péchés sont pardonnés et où il devient une créature nouvelle. La réconciliation avec Dieu et avec les frères a pour but la célébration eucharistique.
La rencontre avec Dieu dans la «Tente de la rencontre », dans le sanctuaire, est également une rencontre avec l'amour de Dieu, avec l'humanité, une rencontre cosmique avec Dieu dans la beauté de la nature ainsi qu'une rencontre avec soi-même.

Le pèlerinage est également une rencontre avec Marie, étoile de l'évangélisation. Les sanctuaires marials, grands et petits, peuvent être des lieux privilégiés de la rencontre avec son Fils qu'elle nous donne. Le chrétien se met en route avec Marie sur les chemins de la foi et de l'amour, sur les chemins du monde pour gravir le Calvaire et demeurer auprès d'elle comme le disciple bien aimé à qui le Christ a confié sa Mère, jusqu'au Cénacle, afin d'y recevoir le don de l'Esprit Saint de son Fils ressuscité.


Où se trouve l’essence du phénomène des sanctuaires marials et pourquoi attirent-ils tant de fidèles ?

La force d'attraction et le rayonnement des sanctuaires est due au fait que les pèlerins viennent y chercher une rencontre avec la Mère de Dieu. En se rendant aux sanctuaires qui doivent leur renommée soit aux apparitions passées (Lourdes, Fatima), soit à celles qui continuent (Medjugorje), ainsi qu'à ceux célèbres pour l’image de la Madone, ils sont persuadés d'aller à la rencontre de Notre-Dame. Elle est perçue comme Mère de Jésus, mais aussi comme mère, protectrice et médiatrice, capable de comprendre les problèmes de chaque homme, en chaque temps et en chaque lieu.

Selon la conviction généralement répandue des croyants, le sanctuaire constitue, par rapport aux autres églises ou chapelles, un phénomène particulièrement sacré. C'est un lieu qui intrigue, inquiète et stimule l'imagination, qui tente, invite et fait attendre quelque chose d'extraordinaire, moins par la perception directe du mystère de la foi qu’il détient, que par son intuition. L'histoire du «lieu saint» racontée, les événements évoqués, l'architecture sacrale, les ex-voto et les souvenirs, et surtout l'effigie célèbre par ses miracles, cœur sacré du lieu, la liturgie solennelle et les offices célébrés, les foules innombrables de pèlerins en prière, ainsi que les visites des représentants de l’Eglise et des hommes politiques, des savants et des artistes, tout cela non seulement provoque l'admiration et l'émotion, mais surtout invite à la réflexion et à la prière, impose une profonde pensée théologique.

La spécificité du culte marial, des sanctuaires et des pèlerinages, est l'objet des réflexions de Jean-Paul II, dans  l'encyclique Redemptoris Mater. Il déclare que la présence incessante de Marie, Sainte Mère de Dieu, dans l’Eglise qui introduit le règne de Son Fils dans le monde, s'exprime de différentes manières, aussi bien à notre époque que dans l’histoire de l'Eglise ; il en va de même pour son rayonnement.
Parmi les diverses façons de manifester cette présence, le Pape signale l'existence de nombreux et grands lieux de pèlerinages, où «la  foi chrétienne a construit, à travers les siècles, de magnifiques temples comme Guadaloupe, Lourdes ou Fatima, ainsi que dans d'autres pays».
L'encyclique «Redemptoris Mater» offre le fondement définitif de la piété mariale et des pèlerinages faits par le Peuple de Dieu à tous les lieux de la présence particulière de Notre-Dame : à ses temples et sanctuaires, «pour fortifier sa propre foi dans le rayonnement de la présence maternelle de celle qui a cru». De ce point de vue, remarque le Pape, «on pourrait parler de la géographie spécifique de la foi et de la dévotion mariale», concrétisée dans les sanctuaires disséminés sur la terre entière où se rendent en pèlerinage «non seulement les individus ou les autochtones, mais parfois les nations et les continents entiers pour y chercher le contact avec la Mère du Seigneur...».
Les sanctuaires marials sont perçus comme des lieux où, par la volonté de Dieu, Sainte Marie, bien que toujours présente dans l’Eglise, réalise sa maternité spirituelle d'une façon particulière.
Pour le Peuple de Dieu, le sanctuaire est le lieu d'expériences, d'émotions religieuses et de transformations spirituelles particulièrement importantes. La présence spécifique et l’intervention maternelle de Notre-Dame pénètrent ces événements salutaires. Du point de vue théologique, il faut admettre que Dieu a choisi les sanctuaires marials pour y révéler sa miséricorde ; plus que dans d'autres temples, c'est surtout ici qu’il veut montrer sa bonté et accorder à l'homme sa grâce, par l’intermédiaire de la Vierge Marie. C'est pourquoi les fidèles éprouvent presque tangiblement l'opération divine, ressentent avec intensité leur contact avec la Vierge et participent aux exceptionnels événements salutaires. Ces événements gagnent souvent une dimension réelle dans les guérisons et conversions miraculeuses, à travers les opérations de la Grâce de Dieu, si grandes qu'elles entraînent des transformations complètes d’individus ou de groupes d’hommes.

 
L’homme en quête de Dieu

Les pèlerinages sont connus de toutes les religions. Ils sont l'expression de l'homme qui cherche Dieu dans les lieux où Il s'est révélé de manière particulière, accordant aux hommes la possibilité de sentir plus facilement sa proximité, ou auprès de personnes particulièrement charismatiques, devenues ainsi un signe spécifique de la présence de Dieu. C'est la raison pour laquelle certains lieux de pèlerinages exercent une telle attraction. Les gens s'y rendent en quête de l'expérience de Dieu, qui est fondamentalement celle de la paix, de la joie, de l'amour et de l'espérance. Au cours d'un pèlerinage, la personne sort de sa vie quotidienne : elle quitte son travail, sa famille, ses amis, sa sécurité, et se met en route, portée par son désir de rencontrer Dieu.
La motivation fondamentale de chaque pèlerinage est le désir de Dieu, la sortie de la vie quotidienne et l'ouverture au divin, mais il peut y avoir des motivations secondaires, comme, par exemple, connaître le monde, les pays, les peuples et leurs traditions. Si les motivations secondaires prédominent, il s'agit du tourisme. La motivation première et toutes les autres motivations sont appuyées par une certaine curiosité qui, dans un premier temps, peut être plus forte que toutes les autres motivations… Certains lieux de pèlerinage se sont développés grâce à une intervention directe de Dieu dans la vie d'une ou de plusieurs personnes (la plupart des sanctuaires marials liés aux apparitions). D'autres se sont développés plus progressivement, souvent après la mort d’un élu de Dieu, ou bien grâce aux interventions charismatiques de certains membres de l'Eglise.
Indépendamment de la manière dont les lieux de pèlerinage sont développés, le pèlerin y cherche toujours la même chose.
En raison de la diversité des motivations, le devoir de ceux  qui organisent  la pastorale dans les lieux de pèlerinage est d’aider chaque pèlerin à prendre conscience de la vraie raison du pèlerinage : la rencontre avec Dieu qui attend l'homme. Dans l'organisation du pèlerinage, il faut inclure tous les moyens disponibles pour que l'homme en quête rencontre Dieu qui l'attend. Il faut donc prendre conscience de ce qu'est l'homme et de ce qu’il veut, ainsi de ce que Dieu lui propose en réponse. La disposition intérieure du pèlerin nous permet de dire que l’homme est une question et une quête de la réponse et que Dieu est la réponse et l’attente de celui qui cherche.

L’homme recherche la paix

L'homme est un être psychique, spirituel et physique doué de raison, de libre arbitre et d'un large spectre de capacités à faire les expériences spirituelles. Il est profondément désireux de s'épanouir. Cet épanouissement peut être exprimé par la constatation : l'homme est un être en quête de la paix.
Son «chez lui» est là où il a trouvé «sa paix». La quête de la paix est la motivation principale de ses actions et de toute sa vie. L'expérience nous dit que l'homme est prêt à faire tout le bien possible - jusqu'au sacrifice de sa propre vie – lorsqu’il ressent «la paix ». Cependant, s’il ne trouve pas la paix en pratiquant le bien et en s'épanouissant à travers les valeurs humaines positives, il va la rechercher dans ce qui est négatif et destructeur Il devient ainsi capable de s'autodétruire et de détruire son entourage, tout en aspirant à trouver la paix.
Si nous observons la croissance et le développement de l'homme depuis sa naissance, nous découvrons que, pour grandir et pour se développer, il a besoin de la paix. Si la mère est dans la paix, l'enfant qu'elle porte sous son cœur jouira de la paix et se développera «joyeusement». Si, pendant la grossesse et pour diverses raisons, la paix de la mère est remise en question, l'enfant sera dès sa naissance profondément marqué par les conséquences de cette inquiétude. Certains ne pourront jamais s'en libérer. Lorsque l'enfant naît, il veut être aimé afin de pouvoir vivre en paix dans ce monde.
L’expérience nous montre également que, dés qu’ils comprennent que la famille attend un nouvel enfant, de nombreux enfants traversent des périodes de grandes inquiétudes provoquées par la jalousie. Ils peuvent retrouver la paix  perdue uniquement si, par expérience, ils voient que ce nouvel enfant n'est pas une menace mais, au contraire, un enrichissement, et qu'ils continuent à être aimés et acceptés. Il en va de même pendant la croissance et le développement, si ce n'est que la personne manifeste son inquiétude d'une autre manière, et que dans sa quête de la paix elle a le choix entre une voie positive et une voie négative. Ici se pose la question fondamentale : l'homme, est-il un exilé qui, dans un lointain passé, a perdu sa «maison de la paix» et cherche à tout prix à la retrouver, ou bien, ce désir de la paix qui dépasse toutes les promesses du monde, est-il enraciné dans son cœur ? Notre tâche ici n'est pas d'analyser toutes les hypothèses et toutes les réponses possibles relevant de l'anthropologie et de la psychologie, puisqu'une chose est commune à tous : la personne concrète, douée de raison, de libre arbitre et d'une âme, veut vivre en paix, mais le monde ne peut pas la lui donner ; elle la recherche inlassablement, incapable de renoncer au désir de l'obtenir. Pour faire l'expérience de la paix et vivre dans sa «maison de la paix», il faut prendre en compte toutes les dimensions de l'être humain, à savoir la raison, le libre arbitre, l'esprit et l'âme.
La différence fondamentale entre l'homme et le monde animal est là : les animaux ne se surpassent pas pour trouver la paix. II leur suffit d'être nourris et abreuvés, de satisfaire leurs besoins instinctifs pour être tranquilles. Même les bêtes les plus féroces perdent leur agressivité après avoir satisfait leurs besoins instinctifs. Certaines tendances dans l'anthropologie, la psychologie ou la sociologie veulent convaincre l'homme que, pour avoir la paix, il lui suffit d'avoir un tout petit peu plus que l’animal, ce «plus» ne dépassant en rien les horizons de ce monde. Et pourtant : l'expérience nous montre que - si l'homme n’est pas pénétré des réalités spirituelles - plus il est satisfait au niveau physique et instinctif, plus il devient inquiet, agressif et dangereux pour lui-même et son entourage.


L’image biblique de l’homme : un exilé inquiet

Le pèlerinage ne se réduit pas à la visite d’un lieu saint où Dieu s’est révélé, mais est également un événement eschatologique. Il  est question du «jour du salut», imaginé comme rassemblement de tous les peuples – y compris des païens - sous forme de pèlerinage.
Dans le prophète Isaïe, le Seigneur dit : «Mais moi je viendrai rassembler toutes les nations et toutes les langues, et elles viendront voir ma gloire. Je mettrai chez elles un signe et j'enverrai de leurs survivants vers les nations... et de toutes les Nations ils ramèneront tous vos frères en offrande à Yahvé, sur des chevaux, en char, en litière, sur des mulets et des chameaux, à ma montagne sainte, Jérusalem...» (Is 66,18-20).
Et le prophète Michée d'écrire : «Ce jour-là, on viendra jusqu'à toi depuis l'Assyrie jusqu'à l'Egypte, depuis Tyr jusqu'au Fleuve, de la mer à la mer, de la montagne à la montagne.» (Mi 7, 12).
Il suffit de se souvenir ici des psaumes de pèlerinage, psaumes 120 à 134, pour sentir toute la signification du pèlerinage dans le peuple d'Israël.

O ma joie quand on m'a dit : Allons à la maison du Seigneur !
Et maintenant s'arrêtent nos pas dans tes portes, Jérusalem !
Jérusalem, bâtie comme une ville où tout ensemble fait corps,
c'est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur
pour célébrer, selon la règle en Israël le nom du Seigneur,
en ce lieu où siège la justice et la maison de David,
Appelez de beaux jours sur Jérusalem : paix à tes tentes !
Adviennent de beaux jours dans tes murs : paix à tes châteaux !
Pour l’amour de mes frères, de mes amis, laisse-moi dire : paix sur toi !
Pour l’amour de la maison du Seigneur, je prie pour ton bonheur.
(Ps 122 (121), 1-9 )

Selon la révélation biblique, il est évident que l'homme est appelé à tout faire pour pouvoir accueillir ce que Dieu, dans son amour, lui a préparé. C'est pourquoi l'homme est appelé à la conversion, ce chemin de paix sur lequel il abandonne tout ce qui l'empêche de faire l'expérience de la paix et de vivre en paix. Pour que la conversion, qui signifie abandonner le monde et ses promesses, puisse se faire, et pour que l'ouverture à Dieu, qui est paix, puisse se réaliser, la personne, la famille et, de temps en temps, le peuple tout entier, doivent non seulement prier, mais également jeûner, croire, aimer, se réconcilier et pardonner, pour dépasser toutes les difficultés et entrer dans la paix promise par Dieu. Tout cela s'accomplit d'une manière particulière dans le pèlerinage.


Jésus a été pèlerin

Intégré dans l'histoire, à la plénitude des temps, Dieu lui-même devient homme par son Fils Jésus : il vient à la rencontre de l'homme et veut le ramener dans la «maison de la paix». Ainsi, pouvons-nous dire que Jésus lui-même est également pèlerin, mais dans un autre sens : dans son pèlerinage sur cette terre, ce n'est pas Dieu qu’il a cherché, mais l'homme, afin de lui offrir un chemin divinement simple vers la paix qui vient de Dieu, car c’est Dieu qui la donne (cf. Jn 14,27).

L'Incarnation marque le début du pèlerinage de Jésus, pèlerinage qui se poursuit lorsque Marie et Joseph, selon les préceptes de la Loi concernant les premiers-nés, le présentent au Temple. (Cf. Lc 2,22-26) A l'âge de 12 ans, Jésus continue son pèlerinage. Selon les préceptes de la Loi, il se rend avec ses parents à Jérusalem (cf. Lc 2,41) pour adorer Dieu au Temple : «Trois fois l'an, toute la population mâle se présentera devant le Seigneur Yahvé.» (Ex 23,17). Pendant sa vie publique, de temps en temps, lors des fêtes, Jésus y va en pèlerinage (cf. Jn 2,13 ; 5,1f). Les montées de Jésus sur les montagnes, son jeûne dans le désert et sa mort sur la colline en dehors de la ville, sont autant d'étapes de son pèlerinage terrestre qui s'achève sur la montagne de l'Ascension.(cf. Mt 5,1-2 ; 4,1-11 ; Jn 19,17 ; Ac 1,6-12).

Jésus envoie ses disciples jusqu'aux confins de la terre, en leur faisant la promesse de rester avec eux. Il réalise cette promesse par sa présence eucharistique et traverse l'histoire avec son peuple, jusqu'aux confins de la terre et jusqu'à la fin des temps. Dans le document «Pèlerinage », au N° 29, en réfléchissant sur le pèlerinage de l'humanité, le Pape écrit : « La marche de l'humanité marquée pas les tensions et les contradictions est donc orientée, comme un vrai pèlerinage, vers le Royaume de Dieu que l'Église doit annoncer et courageusement réaliser en entière loyauté et persévérance, car elle est appelée par son Seigneur à être le sel, le levain, la lumière et la ville située sur la montagne. Ce n'est qu'ainsi qu’il sera possible d'ouvrir des voies permettant que l'amour et la fidélité  se rencontrent, que la justice et la paix s'embrassent. (Ps 5(84),11) » Chaque chrétien est invité à se joindre à cette marche de l'Eglise pèlerine, du peuple de Dieu et de toute l'humanité. «Pour le chrétien, le pèlerinage est une célébration de sa foi, une manifestation du culte, qu’il faut vivre dans la fidélité à la tradition, avec un intense sentiment religieux  et comme une réalisation de son existence pascale» (Pèlerinage, N°32).
En bref : le sens du pèlerinage, c'est la quête de Dieu qui se révèle à diverses époques, de diverses manières et en divers lieux. Pour faire cette rencontre avec Dieu dans le pèlerinage, l'homme doit sortir de sa vie quotidienne et se mettre en route, doit célébrer sa foi dans la prière et le culte doit laisser Dieu le libérer du vieux levain du péché et de la malice, et, en tant que pèlerin, se mettre avec Dieu en route vers Son Royaume.

Dans les lieux de pèlerinage, il est donc nécessaire de prévoir une liturgie - service de Dieu, susceptible de se transformer en diaconie- service de l'homme.


Le Pèlerinage : vers une vie nouvelle

Il faut, par conséquent, tout faire pour que l'homme, tel qu’il est dans sa réalité anthropologique, psychologique, religieuse et spirituelle, soit mis en route et motivé, pour qu’il s'ouvre à Dieu, l'accueille, le rencontre et chemine avec Dieu qui est fidèle à l'homme. Tout au long de la Bible et d'une manière exceptionnelle, Dieu se révèle dans des lieux de pèlerinage aux personnes choisies. C'est ce qui met l'homme en mouvement, c'est ce qui le fait quitter sa vie quotidienne et se mettre en route vers de tels lieux. Dieu offre sa présence aimante le premier, pour que l'homme la trouve. L'expérience de la présence aimante libère l'homme du poids accumulé tout au long de sa vie, poids qui est à la fois conséquence de sa faiblesse, de son péché personnel, de la faiblesse des autres et de leur péché.
La délivrance du poids du péché et des conséquences devrait être prolongée par l'expérience de la paix, de la joie, de l'amour, de l'espérance et de la confiance, ainsi que par la décision d'accepter la présence du Seigneur dans sa vie et de tout faire pour rester dans cette présence. Les circonstances de la vie séparent l'homme de la présence de Dieu, il doit recommencer sa quête et demeurer en Dieu. Plus profonde est l'expérience de la paix et de l'amour, plus difficilement l'homme se laissera détourner de son chemin, plus déterminé il sera dans sa lutte contre tout ce qui pourrait le séparer de Dieu.
Pour que l'homme puisse s'arracher aux griffes de la mort et à toutes les autres conséquences du péché, les lieux de pèlerinage devraient proposer plusieurs formes de rencontre avec Dieu. D'après la révélation biblique et les expériences des prophètes, au point de départ se trouve l’appel à quitter la ville, à sortir de la vie quotidienne, et à rechercher un lieu de paix et de silence. Dans le langage de la Bible, cela s'appelle aller au désert. Le pas suivant, c'est de monter sur les montagnes où les prophètes ont prié et ont rencontré le Seigneur, pour ensuite revenir dans leur village ou leur ville et poursuivre leur tâche. Dans la pratique du pèlerinage selon la Bible, le Temple est le plus important : il est le point central du rassemblement des fidèles. Lors de leurs séjours dans des lieux vers lesquels ils étaient appelés, les fidèles ont prié et jeûné. Au Temple, ils offraient des sacrifices, célébraient le culte, se réconciliaient avec Dieu et avec les hommes. Ils retournaient chez eux renouvelés et disposés à accueillir leurs tâches, à pratiquer le bien, à penser aux pauvres et aux veuves.
En d'autres termes, l'homme vient avec ses désirs, il vient oppressé par ses difficultés, ses péchés et leurs conséquences. Dans le lieu de pèlerinage, il faut lui permettre de se souvenir de toutes ces choses à la lumière de l'amour de Dieu, de tout voir à la lumière de sa miséricorde, et de faire l'expérience de la vérité des paroles de Jésus qui appelle les fatigués et les opprimés à venir à lui, car il leur procurera le repos et la paix (cf. Mt 11,28). Il faut donc aider le pèlerin à s’engager sur les chemins du pèlerinage biblique, à prendre du temps ; qu’il ne lui soit pas permis de tout faire à la hâte, dans le temps d'une visite touristique de la région et de ses curiosités. Il doit s'arrêter, il doit prendre du temps, il doit gravir la montagne, il doit aller au temple rencontrer le Seigneur qui pardonne et qui rend la paix.

Chaque pèlerinage est sous la responsabilité d’un ou plusieurs animateurs formés (suivant la taille du groupe) qui assurent l’animation, le programme, les rencontres et veillent au bon déroulement du pèlerinage tant sur le plan spirituel que matériel.

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| Mise à jour : 12/10/2008 |

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